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La numérisation (digitizing) est l’endroit où un projet de broderie se gagne… ou se perd — bien avant que l’aiguille ne touche le textile. Si vous avez déjà fixé un écran pendant deux heures, eu l’impression d’être bloqué(e), ou (pire) vu un plantage effacer votre travail, vous le savez déjà : la préparation n’est pas optionnelle. C’est la « physique » du métier.
Dans sa vidéo « Things to do before digitizing », Sue (OML Embroidery) partage 10 étapes simples et très concrètes pour aider les débutants et les digitizers loisirs à éviter la frustration, accélérer le flux de travail et sécuriser leurs fichiers. Après des années à voir passer des projets en atelier, une chose revient toujours : même un excellent motif peut échouer si la base — l’ordinateur, l’environnement ou l’état d’esprit — n’est pas stable.
Ci-dessous, j’ai restructuré les étapes de Sue en un « Protocole Pré-Vol » exploitable en conditions réelles. On va couvrir le pourquoi de chaque étape, les signaux à surveiller, et les pistes d’évolution (par exemple les cadres de broderie magnétiques) quand vous passez du mode loisir à une logique plus production.

Hygiène système : la base de la stabilité
La stabilité logicielle n’a rien de glamour, mais c’est la condition d’une session de numérisation propre. La numérisation est exigeante : le logiciel calcule en continu des milliers de coordonnées X/Y. Si votre système est encombré, votre placement de points et votre confort de travail en pâtissent.
Étape 1 — Mettre à jour votre logiciel de broderie (logique « patch »)
La première étape de Sue : vérifier que votre logiciel de broderie est à jour. Dans son exemple (Embrilliance), elle va dans Help > Check for Updates.

Pourquoi c’est important (vision “atelier/ingénierie”) : Les mises à jour servent surtout à corriger des bugs (dont des problèmes de mémoire) qui peuvent faire ralentir le logiciel ou provoquer des blocages. Ignorer ces correctifs, c’est accepter de travailler avec des défauts connus.
Points de contrôle
- Repérez le menu “Help” (ou parfois “File > Account” selon les logiciels).
- Vérifiez que vous êtes sur la dernière build (correctif), pas forcément sur la dernière version payante.
Résultat attendu
- Un logiciel plus fluide, moins sujet aux « freezes » lors d’opérations lourdes (recalcul d’angles, rendu d’aperçu, etc.).
Étape 3 — Mettre Windows à jour (stabilité & sécurité)
La troisième étape de Sue : lancer Windows Update. Dans la vidéo, l’écran Windows Update affiche “You’re up to date” avec une coche verte.

Points de contrôle
- Windows Update indique que le système est à jour.
Résultat attendu
- Moins de micro-ralentissements (par exemple un curseur qui « traîne » ou des actions qui répondent avec retard).
Optimiser les ressources de l’ordinateur
Même si vous avez l’impression de « juste dessiner des points », le logiciel recalcule en permanence densités, compensations et sous-couches. Les onglets de navigateur sont souvent l’ennemi numéro 1.
Étape 2 — Fermer les applications gourmandes
La deuxième étape de Sue est directe : fermez tout ce qui n’est pas nécessaire. Elle cite explicitement les navigateurs (Chrome, Edge, etc.) parce qu’ils consomment beaucoup de RAM.

Le piège du “lag” : Quand l’ordinateur ralentit, on se retrouve à cliquer deux fois parce que l’action n’a pas répondu immédiatement. Résultat : des points/nœuds en double, des tracés sales, et plus de risques d’erreurs ensuite.
Points de contrôle
- Avant d’ouvrir le logiciel de numérisation, fermez navigateur et applis non indispensables.
- Évitez les services de streaming ou tâches lourdes en arrière-plan.
Résultat attendu
- Sensation de travail : déplacements et sélections « instantanés », sans latence.
Un état d’esprit “performance” réaliste
Si votre logiciel semble lent, ne partez pas tout de suite sur l’achat d’un nouveau PC. Commencez par nettoyer l’encombrement numérique. Cela dit, si vous numérisez régulièrement, le matériel aide : dans le studio de Sue, on voit une configuration à deux écrans — un excellent gain de productivité (un écran pour l’image/référence, l’autre pour les points).

Créer un espace de travail mental & physique
La broderie se joue au millimètre. Votre environnement physique influence directement votre précision numérique.
Étape 6 — Isoler le signal du bruit
Sue insiste sur un espace calme. Les interruptions cassent le « flux » : quand vous êtes en train de gérer des entrées/sorties ou un remplissage complexe, 10 secondes d’interruption peuvent vous coûter de longues minutes pour vous re-situer.

Repère pratique : Si vous ne pouvez pas fermer une porte, l’objectif reste le même : réduire les distractions pour rester concentré(e) sur le motif. (Certaines personnes mettent de la musique, d’autres préfèrent le silence : l’important est la continuité.)
Étape 7 — Ergonomie : la biologie de la numérisation
La septième étape de Sue vise à éviter les douleurs : bonne chaise, bonne hauteur de bureau, distance écran confortable. Elle rappelle aussi de se lever environ toutes les heures.

Le coût caché de la fatigue : Quand les épaules brûlent ou que le poignet tire, on cherche inconsciemment des raccourcis : on saute une sous-couche utile, on s’appuie trop sur l’auto-numérisation, on « expédie ». Et ce sont les essais brodés qui le paient.
Lien avec la mise en cadre : L’ergonomie ne s’arrête pas à l’ordinateur. En production, la mise en cadre répétitive peut être éprouvante, surtout avec des cadres à vis. C’est souvent à ce moment-là que certains pros passent aux cadres de broderie magnétiques, qui maintiennent le textile par force magnétique plutôt que par serrage mécanique, et réduisent l’effort répétitif.
Avertissement : sécurité des aimants. Les cadres magnétiques puissants peuvent pincer très fort. Gardez-les éloignés des dispositifs médicaux sensibles (ex. pacemakers) et des appareils électroniques fragiles. Attention aux doigts : risque réel de pincement.
Avertissement : sécurité des objets coupants. Gardez ciseaux de broderie, découseur et cutter rotatif dans un emplacement dédié. En atelier, un geste distrait (par exemple attraper une tasse en gardant les yeux sur l’écran) suffit pour se couper.
La matière première : la qualité de l’image
« Garbage in, garbage out » : l’image source est votre plan. Si le plan est flou, le résultat sera approximatif.
Étape 5 — Le test du zoom
Sue compare une chouette nette à une maison floue.


Contrôle visuel : Zoomez sur l’image source jusqu’à ce qu’elle remplisse l’écran.
- OK : contours nets, aplats propres.
- Pas OK : bords en escaliers (pixellisation), zones qui bavent.
Prévention des erreurs : Quand l’image est mauvaise, beaucoup de débutants finissent par « suivre les pixels ». Cela donne une broderie trop dense, rigide, qui fronce et marque.
Arbre de décision : l’image est-elle exploitable ?
- Image vectorielle ou haute résolution (300 DPI+) ?
- Oui → Vous pouvez numériser.
- Légèrement floue mais formes lisibles ?
- Oui → Vous pouvez numériser, mais en “lissant” mentalement les lignes (ne tracez pas les pixels).
- JPEG basse résolution, texte illisible ?
- Oui → STOP. Ne numérisez pas.
- Solution A : demander un fichier vectoriel au client.
- Solution B : redessiner l’image dans un logiciel graphique avant.
- Solution C : refuser le projet (mieux vaut refuser que livrer un résultat catastrophique).
Éviter la perte de données : le filet de sécurité
Il y a deux types de digitizers : ceux qui ont déjà perdu des heures de travail… et ceux à qui ça arrivera.
Étape 9 — La « règle des 10 » (auto-sauvegarde)
Sue explique que l’auto-backup est la première chose qu’elle configure. Dans Hatch, elle règle User Interface Settings > General > Auto-save design every sur 10.00 minutes.


Pourquoi 10 minutes ? C’est un seuil psychologique : perdre 10 minutes est pénible mais rattrapable ; perdre 60 minutes peut vous décourager de recommencer.
Étape 10 — Sauvegarder en continu (et intelligemment)
La dernière étape de Sue : « save, save, save ».

Routine pro : Ne vous contentez pas d’écraser un seul fichier. Faites des sauvegardes incrémentales : Design_v01, Design_v02, Design_Final. Si v02 se corrompt ou si vous faites une erreur difficile à annuler, v01 vous sauve.
Mise en route
Si vous débutez, considérez ces étapes comme une checklist « pré-vol ». Un pilote ne décolle pas en improvisant : il suit un protocole.

CHECKLISTS : les rituels qui font gagner du temps
Voici la version condensée des conseils de Sue, organisée en trois phases.
Phase 1 : Préparation (espace & organisation)
Avant d’ouvrir le logiciel, alignez vos outils numériques et votre environnement.
Contrôle “atelier” (à ne pas oublier)
- Spray adhésif : buse propre ?
- Aiguilles : avez-vous des aiguilles adaptées (ex. 75/11 ou 90/14 selon le textile) ?
- Canette : zone propre (pas de bourre/lint) ?
Checklist Préparation :
- Windows/OS : mises à jour vérifiées (et redémarrage si nécessaire).
- Applications en arrière-plan : navigateur fermé, musique/jeux/logiciels lourds arrêtés.
- Fichiers : image source téléchargée et rangée dans un dossier projet dédié.
- Cadres : cadre à broder approprié prêt. Note : si vous galérez à mettre en cadre des articles épais (ex. sweat à capuche) sans que ça glisse, sortez vos cadre de broderie magnétique maintenant : ils maintiennent mieux les épaisseurs que les cadres à friction.
- Stabilisateur : choisi selon le textile (ex. cut-away pour maille, tear-away pour tissé).
Phase 2 : Réglages (environnement numérique)
On “met la table” avant de travailler.
Checklist Réglages :
- Logiciel : “Check for Updates” effectué.
- Auto-save : intervalle vérifié à 10 minutes.
- Confort : chaise réglée, distance écran correcte.
- Fichier : premier “Save As” fait dès la création du document.
Phase 3 : Exécution (pendant la numérisation)
Pendant que vous travaillez, gardez ces règles actives.
Checklist Exécution :
- Rythme : travail par blocs, avec pauses régulières (Sue recommande de se lever environ toutes les heures).
- Contrôle visuel : zoom avant pour placer proprement, zoom arrière pour vérifier l’échelle.
- Blocage : si vous êtes coincé(e), stoppez. Ne forcez pas les points.
Étape 4 — Ne pas se précipiter (principe « lent = fluide »)
La quatrième étape de Sue : évaluer votre timing de façon réaliste.

Réalité terrain : Se précipiter mène à des erreurs et à de la frustration. Si vous sentez que la contrainte de temps est trop serrée, changez-la : donnez-vous plus de marge pour rester précis(e).
Étape 8 — Le reset « on s’éloigne »
La huitième étape de Sue est simple : quand ça coince, on s’éloigne.


Pourquoi ça marche : Quand on s’acharne, on se met en vision tunnel et on rate des solutions évidentes. Une pause (même courte) aide à repartir plus clair.
Contrôles qualité & dépannage
Avant d’envoyer le fichier à la machine, faites un auto-contrôle.
Auto-audit qualité
- Densité : y a-t-il des zones trop chargées (risque de casse/aiguille, rendu carton) ?
- Cheminement : le motif saute-t-il inutilement d’une zone à l’autre ?
- Limites de cadre : le motif tient-il bien dans la zone utile de votre cadre à broder ?
Astuce mise en cadre : si, sur des textiles glissants, vous voyez des marques de cadre (empreintes brillantes), c’est souvent un serrage trop fort. Beaucoup cherchent des vidéos how to use magnetic embroidery hoop pour résoudre ce point : un cadre magnétique maintient à plat sans « écraser » le textile comme un anneau serré.
Guide de dépannage
| Symptôme | Cause probable | Vérification / correction |
|---|---|---|
| Ralentissements / clics fantômes | Ressources saturées | Fermez les onglets du navigateur ; vérifiez les mises à jour Windows en attente. |
| Plantage / travail perdu | Pas de sauvegarde | Activez l’auto-save à 10 min. Sauvegardez souvent et versionnez (“Save As”). |
| Bords irréguliers / contours sales | Image source médiocre | Faites le test du zoom. Si c’est pixellisé, redessinez ou simplifiez. |
| Douleurs dos/poignet | Ergonomie insuffisante | Réglez chaise/écran. En production, envisagez des cadres magnétiques pour réduire l’effort de mise en cadre. |
| Casse de fil (anticipée) | Densité trop élevée | Surveillez les zones superposées et évitez d’empiler trop de couches. |
FAQ : logiciel & compatibilité
« Quel logiciel est utilisé dans la vidéo ? » Sue montre Embrilliance, et aussi Hatch. « Est-ce que ça marche avec ma machine Brother/Janome ? » Oui : les principes de numérisation sont universels. Que vous brodiez sur une machine à broder brother ou une autre marque, les besoins restent les mêmes : nœuds propres, ordinateur stable, et export dans le bon format (PES pour Brother, JEF pour Janome, DST pour le commercial).
Résultats : la différence “pro”
En appliquant ces 10 étapes, vous passez de « on verra bien » à « je maîtrise mon process ».
- Stabilité : moins de plantages et de pertes de fichiers.
- Numérisation plus propre : une meilleure image source donne des points plus propres.
- Durabilité physique : une meilleure ergonomie vous permet de travailler longtemps.
Pistes d’évolution : Avec le temps, vous atteindrez un plafond.
- Si c’est votre compétence qui plafonne, vous approfondissez la numérisation.
- Si c’est votre temps de préparation qui plafonne (mise en cadre pénible), vous regardez des solutions comme des améliorations de cadre de broderie ou des options magnétiques.
- Si c’est votre cadence qui plafonne, vous réévaluez votre organisation et votre équipement.
Écoutez votre frustration : elle indique souvent précisément quelle partie de votre flux de travail doit évoluer. Commencez par ces 10 étapes, et construisez une base solide.
