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Master Class : réaliser une dentelle « style Nottingham » sur tulle, sans déchirures
La dentelle « style Nottingham » fait partie des rendus les plus raffinés que l’on puisse obtenir en broderie machine. Contrairement à la dentelle autoportante (FSL) qui se tient seule, cette technique utilise le tulle (filet) comme base structurelle permanente : on obtient un résultat aérien, très léger, difficile à reproduire avec une FSL plus dense.
Le revers de la médaille : le tulle ne pardonne pas. Il glisse, il peut se déchirer, et il marque facilement. Dans ce projet, on stabilise un motif 120 × 120 mm avec une méthode « chevauchement de chutes ». L’objectif est de maîtriser le contrôle des couches, une mise en cadre régulière, et une découpe précise.

Matériel & spécifications critiques
Pour obtenir un résultat propre, il faut des outils qui limitent les contraintes sur le filet.
Le kit essentiel
- Machine : la démonstration est faite sur Husqvarna Viking Designer Epic 2 (Visual ID), mais toute machine acceptant un champ 4x4" convient.
- Cadre à broder : 120 × 120 mm (cadre carré standard).
- Support textile : tulle fin / illusion net (un mélange poly-nylon est généralement plus résistant qu’un tulle coton).
- Stabilisateur : stabilisateur hydrosoluble fibreux (ex. Floriani Wet N Gone). Évitez le type « film plastique » : il se perfore trop facilement sur ce type de densité.
- Fil : fil supérieur blanc (rayonne ou polyester).
Consommables « cachés » & contrôle avant lancement
Souvent, la réussite se joue avant d’appuyer sur « Start ».
- Tissu “pare-chocs” sacrificiel : une petite chute de ouatine posée sur le plateau de la machine pour éviter que les pointes de pinces/ciseaux n’abîment la machine.
- Zone propre : le tulle charge en statique et le stabilisateur fait de la poussière ; un nettoyage de la zone canette avant de commencer limite les incidents.
- Pince fine (type brucelles) : pour tenir les fils et sécuriser la coupe.
Avertissement : sécurité machine. Ne mettez jamais les doigts près de la barre à aiguille quand la machine tourne. Pour couper un fil, arrêtez complètement la machine.

La méthode « chevauchement de chutes » : économiser sans se piéger
Un bon stabilisateur hydrosoluble coûte cher. Utiliser des chutes est très rentable, mais cela introduit une variable : l’épaisseur n’est pas uniforme.
Comment réaliser le chevauchement
- Choisir les chutes : prenez deux morceaux de stabilisateur hydrosoluble fibreux.
- Créer le pont : superposez-les avec un chevauchement d’environ 0,5" au centre de la zone utile.
- Former le “sandwich” : posez une seule couche de tulle par-dessus.
- Mise en cadre : serrez l’ensemble dans le cadre à broder.

Pourquoi ça tient (et où est le risque)
Le point de bâti (ajouté ensuite) agit comme une agrafe : il verrouille les deux morceaux de stabilisateur pour éviter qu’ils ne se séparent pendant les milliers de pénétrations d’aiguille.
Le risque : la zone chevauchée est plus épaisse. Si vous réglez la tension du cadre en vous basant uniquement sur cette zone, les zones en simple épaisseur peuvent rester trop lâches. Résultat : ondulations, fronces, ou décalages de maintien.
Mise en cadre : le standard « trampoline »
La mise en cadre du tulle est le point où l’on échoue le plus souvent. Trop lâche : fronces. Trop tendu : le filet se déforme et peut se déchirer.

Protocole sensoriel de mise en cadre
- Aligner sans forcer : placez l’anneau intérieur. Si ça “résiste”, vérifiez l’orientation (dans la vidéo, l’anneau est posé à l’envers au début, puis corrigé en repérant les numéros).
- Pression douce : enclenchez l’anneau intérieur sans serrer la vis à fond.
- Scan tactile : passez les doigts sur le tulle.
- Mauvais : effet drap qui “tombe” (trop lâche).
- Mauvais : sensation trop dure/ultra tendue (risque de déchirure).
- Bon : sensation type trampoline : ferme, avec un léger rebond.
- Micro-ajustement : serrez la vis. Si un coin est lâche, retendez très légèrement le tulle en serrant.
- Point clé (vu à l’écran) : si vous repérez une zone « pas très tendue », corrigez au niveau de la vis plutôt que de tirer fort sur le tulle.

Marques de cadre : le dilemme (et une piste de solution)
Les cadres à friction maintiennent en comprimant fortement. Sur du tulle, cela peut laisser des marques de cadre difficiles à faire disparaître.
Si vous vous battez souvent avec la tension, ou si vous faites des séries, c’est typiquement le moment où l’on regarde des cadres de broderie magnétiques : ils serrent “à plat” et réduisent l’effet de traction latérale, ce qui aide à garder le tulle bien posé sans jeu.
Avertissement : sécurité des aimants. Les cadres magnétiques se referment avec force. Gardez les doigts à distance des bords pour éviter le pincement.
Réglages machine : sécuriser avant de lancer
Ne lancez pas “plein pot”. La dentelle sur tulle demande une configuration qui limite le stress mécanique.

Réglages à l’écran
- Vitesse : baissez la vitesse de broderie (dans la vidéo, la vitesse est ajustée via l’interface). Une vitesse plus modérée limite les déformations du filet.
- Point de bâti : activez un bâti au périmètre du cadre (et non uniquement autour de la boîte du motif). Dans la démonstration, ce choix sert précisément à solidariser les couches et le chevauchement.
Note de compatibilité
Si vous utilisez des cadres de broderie pour husqvarna ou un système propriétaire similaire, cherchez dans le menu d’édition broderie la fonction de bâti (souvent accessible directement sur l’écran) : c’est un vrai gain de stabilité quand on travaille avec des chutes.
Arbre de décision visuel : stratégie stabilisateur
Vérifiez votre configuration avant de broder :
- Scénario A : feuille entière disponible
- Action : 1 couche de stabilisateur hydrosoluble + tulle. Bâti recommandé.
- Scénario B : uniquement des chutes
- Action : chevauchement ~0,5". Bâti au périmètre indispensable.
- Scénario C : filet plus extensible que le tulle
- Action : privilégiez une tenue maximale des couches (évitez les zones d’épaisseur irrégulière si vous constatez du glissement). Le but est d’empêcher la déformation sous l’aiguille.
Production & découpe : précision “chirurgicale”
La broderie
Surveillez le tout début : c’est souvent là que les incidents arrivent.
- Dans la vidéo, le fil se défile au démarrage : la solution est simple et réaliste en atelier — réenfiler et relancer en contrôlant que le fil accroche correctement dès les premières pénétrations.


Le rituel de découpe
La différence entre « fait maison » et « fini atelier » se joue souvent à la découpe.

Phase 1 : dégrossir (macro)
- Retirez le cadre.
- Coupez d’abord avec de grands ciseaux.
- Détourez en arc de cercle en enlevant le gros du stabilisateur (et la zone de bâti si elle gêne).
- Objectif : enlever le poids des excédents pour manipuler sans tirer sur la dentelle.
Phase 2 : détourer (micro)
- Passez à de petits ciseaux de broderie (idéalement courbés).
- Geste clé (montré en gros plan) : couper vers une pointe, s’arrêter, repositionner, puis couper en repartant de la pointe pour obtenir une courbe propre sans entamer les points.
- Travaillez lentement : le but est de protéger les fils de broderie tout en gardant une bordure régulière.


Finition : l’étape eau (rinçage / trempage)

L’élimination du stabilisateur détermine la souplesse finale.
- Rinçage d’abord : dans la démonstration, la pièce est d’abord rincée sous le robinet.
- Trempage long : pour une dentelle souple, trempez dans l’eau au moins 24 h (en renouvelant l’eau si possible) afin de dissoudre les résidus.
- Séchage : laissez sécher naturellement, à plat, pour éviter les déformations.
Point important vu lors de la comparaison : un peu de fronces sur le tulle avant lavage est normal. Une partie de l’aspect “gondolé” vient aussi du stabilisateur et se détend après dissolution.
3 checklists critiques (atelier)
1) Checklist préparation (contrôle “avant cadre”)
- Stabilisateur hydrosoluble fibreux prêt (chutes chevauchées ~0,5" si besoin) ?
- Tulle posé à plat, sans plis visibles ?
- Outils prêts : grands ciseaux + petits ciseaux courbés + pince fine ?
- Chute de ouatine/pare-chocs posée pour protéger la machine lors des manipulations ?
2) Checklist réglages (contrôle “avant Start”)
- Mise en cadre : sensation « trampoline » (ferme, sans déformation du filet) ?
- Bâti activé au périmètre du cadre ?
- Vitesse réduite pour limiter le stress sur le tulle ?
3) Checklist dépannage (pendant la broderie)
- Symptôme : Le fil se défile au démarrage.
- Vérification rapide : le fil supérieur est-il bien repris dès les premiers points ?
- Solution : réenfiler et relancer.
- Symptôme : Zone de tulle pas assez tendue dans le cadre.
- Cause probable : épaisseur irrégulière due au chevauchement des chutes.
- Solution : repérer la zone lâche, resserrer la vis et retendre très légèrement (sans tirer fort, le tulle est fragile).
- Symptôme : Fronces/gondolement.
- Cause probable : comportement normal tulle + stabilisateur pendant la couture.
- Solution : ne pas sur-corriger pendant la broderie ; la pièce s’aplatit en grande partie après dissolution du stabilisateur.
Résumé & suite logique
Vous avez maintenant une dentelle « style Nottingham » fine et structurée, réalisée sur tulle. Le chevauchement de chutes vous fait économiser du stabilisateur, et le bâti au périmètre sécurise l’ensemble.
Pour aller plus loin :
- Si vous assemblez plusieurs motifs côte à côte (panneaux, bordures), gardez la logique de support : c’est le tulle qui relie visuellement et mécaniquement l’ensemble.
- Pour un voile, la démonstration rappelle une approche pratique : on peut traiter uniquement la zone brodée (par exemple le bas) plutôt que d’immerger tout le voile.



