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Si vous avez déjà brodé un t-shirt en maille, l’avez sorti du cadre à broder, et l’avez vu « reprendre » en faisant des ondulations (le fameux effet col « bacon »)… respirez. Vous n’avez pas « cassé » votre machine, et vous n’êtes pas nul(le) en broderie. Vous êtes simplement en train de vous battre contre la physique — et cette fois, la physique a gagné.
La broderie sur maille est un vrai défi d’ingénierie : vous imposez une structure rigide (le fil) sur une base fluide (la maille). La plupart du temps, l’aspect ondulé vient d’un problème de stabilisation : la maille a besoin d’une infrastructure permanente (cut-away), pas d’un support temporaire (tear-away) qu’on arrache en espérant que tout tienne.
Dans ce guide au format « fiche technique », on reconstruit la logique montrée dans la vidéo — inspection d’un t-shirt, superposition sur maille pull, identification du fusible — et on la traduit en gestes d’atelier : quoi regarder, quoi vérifier, et quoi corriger quand ça gondole.

Maille + intissé cut-away : la différence discrète entre un rendu « fait maison » et un rendu « boutique »
La vidéo démarre sur une réalité que tout atelier apprend vite : si vous achetez un polo ou un t-shirt brodé de bonne qualité et que la broderie est bien plate, retournez le vêtement. Il reste presque toujours une pièce d’intissé au dos. C’est l’intissé cut-away (à découper).
Pourquoi c’est non négociable ?
- La physique : les tissus chaîne et trame (ex. denim) sont des grilles stables. Les mailles (ex. t-shirts) sont des boucles conçues pour s’étirer.
- Le conflit : vos points, eux, ne s’étirent pas. Si vous brodez une maille avec un support qu’on retire (tear-away) — ou sans support — dès que le vêtement bouge, se porte ou se lave, la maille se déplace mais les points restent « figés ». Résultat : fronces, ondulations, déformation.
La présentatrice montre un t-shirt vert en coton avec un motif bateau. Le signe d’une finition pro : l’intissé cut-away visible à l’intérieur, généralement recoupé à environ 1/4 à 1/2 inch du motif.
Règle d’or : si le support s’étire (t-shirts, hoodies, maille, vêtements techniques), l’intissé doit rester en place durablement. Il sert de « fondation » permanente pour que les points s’ancrent sans subir les mouvements de la maille.

La règle « ne mettez pas la maille sous cadre » : pourquoi la mise en cadre directe fait froncer après démoulage
Le piège que la vidéo souligne clairement : mettre une maille directement sous cadre dans un cadre plastique standard l’étire pendant le serrage. On a tendance à tirer « bien tendu comme un tambour » (correct sur du tissé, catastrophique sur de la maille). Vous brodez sur une surface étirée. Puis, au retrait du cadre, la maille revient à sa dimension initiale… mais pas les points. La déformation apparaît immédiatement.
En atelier, on parle de marques de cadre / empreintes du cadre et de déformation radiale. Deux forces s’additionnent :
- La tension du cadre : qui tire la maille vers l’extérieur.
- La tension des points : le fil « resserre » vers l’intérieur (effet fronce).
Pour éviter ça, beaucoup de brodeurs utilisent la technique du « flotté » : on met uniquement l’intissé sous cadre, on applique un adhésif temporaire, puis on pose le vêtement par-dessus sans le pincer. C’est exactement l’idée derrière cadre de broderie flottant : l’intissé est sous tension, la maille reste détendue.
Note outillage : le flotté fonctionne, mais il dépend beaucoup de l’adhésif et du positionnement manuel. En production, certains passent à des cadres magnétiques pour serrer à plat sans torsion de bague. L’objectif reste le même : maintenir sans étirer.

L’inspection « à l’envers » : ce que prouve le t-shirt vert (et ce que vous recouperez ensuite)
La première démonstration de la vidéo est simple et très parlante : retournez le t-shirt vert.
Ce que vous devez voir (critères de réussite) :
- Stabilité : un cut-away bien présent derrière le motif.
- Marge de coupe : l’intissé recoupé avec des angles arrondis, à environ 1 cm à 1,5 cm (0.5 inch) des points. Les angles vifs peuvent gratter la peau.
- Le « toucher » (hand) : le t-shirt reste souple, mais la zone brodée a un léger maintien, comme un patch structuré.
Ce que vous ne devez pas voir :
- Un intissé arraché/effiloché (signe qu’un tear-away a été utilisé).
- Des petits résidus « papier » blancs (souvent signe d’un support inadapté ou d’une mauvaise tenue).
- Une coupe trop près (1–2 mm) au point que les points se retrouvent au bord et perdent leur support.
Astuce « atelier » : au moment de recouper, séparez bien le vêtement de l’intissé avec la main libre, puis faites glisser les ciseaux sur l’intissé. L’objectif est d’éviter la « coupe fatale » (faire un trou dans le t-shirt).

La préparation « invisible » qui sauve les t-shirts : choisir le poids du cut-away selon l’élasticité
La vidéo rappelle que le cut-away existe en plusieurs épaisseurs/poids. Beaucoup de débutants prennent ce qu’ils ont sous la main. En atelier, on fait correspondre le support à la réalité de la maille.
Point clé (dans la vidéo) : le cut-away doit être fixé (épingles ou autre) pour rester en place, et sur maille on évite de mettre le vêtement sous cadre directement.
Logique de sélection (pratique) :
- Maille « standard » (t-shirt coton) : cut-away classique.
- Maille très extensible (maille pull / sweater knit) : cut-away + une couche adhésive pour le maintien.
- Vêtement léger / fin : cut-away thermocollant pour donner du corps à toute la zone.
Checklist de préparation (avant de lancer la broderie)
- Test d’élasticité : pincez la maille : revient-elle très vite ? Se déforme-t-elle facilement ?
- Choix du support : cut-away en base (permanent) ; ajoutez une couche adhésive si la maille glisse.
- Fixation : épingles (hors zone de broderie) ou support adhésif pour éviter que ça bouge.
- Décision mise en cadre : sur maille, privilégiez « flotté » (intissé sous cadre, vêtement posé) plutôt que mise en cadre directe.

La méthode deux couches sur maille pull : cut-away + adhésif pour contrôler sans empreintes de cadre
Sur l’échantillon gris en maille pull très extensible, la présentatrice montre un « sandwich » en deux couches pour gérer l’extrême élasticité.
L’empilement :
- Base (contre le vêtement) : intissé cut-away (structure permanente).
- Couche de maintien : intissé adhésif de type sticky tear-away (ou sticky cut-away) pour accrocher la maille sans la tirer.
Pourquoi ça marche : la couche adhésive limite le glissement et le vrillage pendant les mouvements rapides de l’aiguille, tandis que le cut-away assure la tenue dans le temps.

Réglage anti-glissement : épinglage, placement sur adhésif et pression de cadre « fiable »
La vidéo précise qu’il faut sécuriser l’intissé : c’est le cœur du repérage / maintien de position (que le motif reste exactement là où vous l’avez calé).
Logique de montage :
- Problème de friction : un cadre standard impose d’enfoncer une bague interne dans une bague externe. Sur une maille épaisse ou « gonflante », ce geste pousse et déforme.
- Risque des épingles : si vous épinglez, gardez les épingles loin du champ de broderie : une épingle frappée peut endommager la machine.
La vidéo insiste surtout sur l’idée suivante : sur maille, évitez de tirer au moment de la mise en cadre. Si vous devez « forcer » pour que ça rentre, vous êtes probablement en train d’étirer la matière.
Checklist juste avant Start
- Maille à plat : la surface est plane, sans tension « tambour ».
- Fixations sûres : aucune épingle près de la zone de broderie.
- Alignement : le vêtement est posé droit (pas de torsion visible).

Les chemises légères ont besoin de « corps » : quand le cut-away thermocollant est la solution la plus propre
Sur la chemise blanche et bleue très légère, la présentatrice applique un cut-away thermocollant (fusible) sur l’envers, sur une zone large.
L’idée : sur un tissu fin, donner du maintien à toute la zone évite que la matière se comporte comme une « peau » trop mobile sous l’aiguille. En thermocollant, vous transformez temporairement la zone en support plus stable.
Application (comme dans la vidéo) : thermocollez une pièce couvrant largement l’arrière de la zone à broder, pour rigidifier l’ensemble.

Le test du côté fusible que vous utiliserez toujours : côté brillant = côté colle
La vidéo montre un test simple à mémoriser pour ne pas coller votre intissé sur le fer.
Le test :
- Visuel : inclinez la feuille sous la lumière. Le côté qui brille (aspect « luisant ») est le côté colle.
- Au toucher : l’autre face est plus mate, plus douce/« textile ». Le côté colle a souvent un toucher un peu plus accrocheur.

Types de cut-away (léger/moyen/lourd/thermocollant) : choisir sans se compliquer la vie
La vidéo rappelle qu’il existe plusieurs « poids » de cut-away (léger, moyen, lourd) et des versions thermocollantes.
Repère simple :
- Plus la maille est extensible (ou plus le motif est dense), plus vous avez intérêt à aller vers un support plus structurant — ou à superposer.
- Si le vêtement est fin et manque de tenue, le thermocollant est particulièrement utile car il stabilise une zone plus large.

Un chemin de décision utilisable : type de maille → plan de stabilisation → méthode de mise en cadre
Arrêtez de deviner. Sur maille, partez de la matière.
Étape 1 : test rapide
- Peu extensible : cut-away en base.
- Très extensible (maille pull) : cut-away + couche adhésive.
- Très fin/léger : cut-away thermocollant sur une zone large.
Étape 2 : mise en cadre
- Si la maille se déforme quand vous serrez : ne mettez pas le vêtement sous cadre directement. Mettez l’intissé sous cadre et travaillez en « flotté ».

Points de contrôle en cours de broderie : ce que vous devez observer dès le départ
Même si la vidéo ne donne pas de réglages machine détaillés, elle insiste sur un point : la maille se déforme vite si elle est contrainte. Donc, surveillez le comportement dès les premières secondes.
Checklist d’observation (début de broderie)
- La maille reste-t-elle à plat ? Si elle se soulève ou se plisse, stoppez et revoyez la stabilisation.
- Le vêtement glisse-t-il ? Si oui, la couche adhésive/maintien n’est pas suffisante.

Dépannage : les 2 pannes les plus fréquentes sur maille (et les corrections les plus rapides)
Symptôme : ondulations / effet « bacon neck »
- Cause probable (vidéo) : maille étirée pendant la mise en cadre.
Symptôme : la broderie « fronce » ou gondole sur t-shirt
- Cause probable (vidéo) : absence de cut-away (tear-away ou rien).

Une montée en gamme logique : quand de meilleurs cadres et une machine plus productive deviennent rentables
Une fois la stabilisation maîtrisée, la limite devient le volume et la régularité.
Si vous brodez occasionnellement, les méthodes manuelles (flotté + adhésif) peuvent suffire. Mais dès que vous répétez des séries, la constance de la mise en place devient critique.
La vidéo met surtout en avant le principe : réduire la déformation liée à la mise en cadre, et sécuriser le maintien sans étirer.
Avertissement sécurité (cadres magnétiques) : les cadres magnétiques sont puissants et peuvent pincer sévèrement. Tenez-les éloignés des pacemakers et des objets sensibles (cartes, téléphone) et refermez-les lentement.

La finition « standard boutique » : recouper proprement le cut-away et laisser le support là où il sert
La vidéo insiste sur la finition : c’est là que vous obtenez le rendu « prêt-à-porter ».
Protocole de coupe :
- Retirez le cadre. Ne déchirez pas l’intissé.
- Dégrossissez l’excédent.
- Recoupez autour du motif en laissant une marge régulière et arrondie.

Dernier rappel : le cut-away est « ennuyeux »… jusqu’au jour où vos mailles restent plates après lavage
L’intissé n’est pas glamour. C’est de l’ingénierie cachée. Mais sur maille, c’est souvent le facteur n°1 de qualité.
Si vous ne retenez que trois actions :
- Sur t-shirt en maille : cut-away, pas tear-away.
- Évitez d’étirer la maille à la mise en cadre.
- Sur fin/léger : pensez thermocollant.

FAQ
- Q: Comment éviter l’effet « col bacon » (ondulations) sur un t-shirt en maille après broderie avec un cadre plastique standard ?
A: Ne tendez pas la maille pendant la mise en cadre ; mettez uniquement l’intissé sous cadre et gardez le t-shirt détendu.- Mettez uniquement l’intissé cut-away sous cadre, puis utilisez un adhésif temporaire et posez le t-shirt en « flotté » (sans pincer la maille).
- Gardez une tension « à plat mais non étirée » (évitez l’effet « tambour » sur la maille).
- Contrôle de réussite : après retrait du cadre, l’encolure/les bords restent plats au lieu de revenir en ondulations.
- Si ça échoue encore : la cause est souvent une déformation à la mise en cadre ; revoyez la méthode (flotté / adhésif) pour éviter toute traction.
- Q: Quel stabilisateur utiliser pour broder un t-shirt en maille sans fronces : cut-away ou tear-away ?
A: Utilisez un intissé cut-away sur les t-shirts en maille, car le support doit rester en place durablement pour accompagner l’élasticité.- Après broderie, recoupez proprement en laissant une marge arrondie afin de conserver le maintien sans gêner au porter.
- Contrôle de réussite : en retournant le t-shirt, on voit le cut-away encore présent et recoupé net, et l’endroit reste lisse.
- Q: Comment stabiliser une maille pull très extensible pour éviter que le motif se déforme ?
A: Utilisez la méthode en deux couches montrée dans la vidéo : cut-away contre le vêtement + une couche adhésive (sticky tear-away ou sticky cut-away) pour le maintien.- Contrôle de réussite : la maille adhère bien au support et ne glisse pas quand vous la manipulez légèrement avant couture.
- Q: Quand faut-il choisir un cut-away thermocollant (fusible) plutôt qu’un cut-away standard ?
A: Quand le vêtement est léger/fin et manque de tenue : le thermocollant apporte du corps à toute la zone, ce qui aide la broderie à rester propre.- Contrôle de réussite : l’envers montre une zone thermocollée plus large, et la broderie paraît plus nette et plus stable.
- Q: Comment reconnaître le bon côté d’un intissé thermocollant pour ne pas coller la colle sur le fer ?
A: Le côté brillant est le côté colle.- Inclinez la feuille sous la lumière : le côté qui « luit » est l’adhésif.
- Au toucher, l’autre face est plus mate et plus douce.
- Q: Quelle est la façon la plus sûre d’utiliser la technique du « flotté » sur un vêtement en maille sans risque de blessure à l’aiguille ?
A: Gardez les mains hors de la zone aiguille et ne passez jamais sous l’aiguille quand la machine est sous tension.- Fixez le vêtement avec un adhésif temporaire pour éviter de devoir le maintenir à la main au démarrage.
- Contrôle de réussite : le vêtement reste en place sans que vous ayez à « surveiller » avec les doigts près de l’aiguille.
- Q: Quelles règles de sécurité respecter avec des cadres magnétiques sur des vêtements en maille ?
A: Considérez-les comme un risque de pincement industriel et gardez-les éloignés des pacemakers et des objets sensibles.- Ouvrez/fermez lentement pour éviter le claquement et le pincement des doigts.
- Éloignez-les des pacemakers, et ne posez pas cartes ou téléphone directement sur les aimants.
- Contrôle de réussite : le cadre se ferme sans claquer, vos doigts ne passent jamais dans la zone de pincement, et la maille est maintenue à plat.
- Q: Quand un atelier doit-il passer d’un cadre plastique standard à des cadres magnétiques, voire à une machine à broder multi-aiguilles, pour produire des t-shirts en maille ?
A: Quand la mise en cadre devient le goulot d’étranglement (déformations répétées, lenteur, fatigue) et que la régularité prime.- Niveau 1 (méthode) : cut-away + éviter d’étirer la maille ; privilégier le flotté/adhésif.
- Niveau 2 (outil) : cadres magnétiques si les cadres à vis déforment la maille ou si la répétabilité devient critique.
- Niveau 3 (capacité) : machine à broder multi-aiguilles quand le volume rend les méthodes manuelles trop lentes et trop risquées.
- Contrôle de réussite : temps de mise en place réduit, placement plus répétable, et résultats plus plats après usage/lavage.
